Regards croisés sur une compagnie de marionnette brésilienne

En février dernier, la compagnie brésilienne Caravan Maschera a été accueillie en résidence au LEM pour une semaine. Ils ont travaillé sur leur prochaine création Aujourd’hui Godot ne vient pas ! Alexia Bourgeois et Camille Stevenoot, deux stagiaires du LEM ont rencontré Giorgia et Leonardo. Elles nous proposent leurs retours.

Camille Stevenoot a suivi le processus de création de la compagnie pendant la semaine de résidence

Lors de leur résidence au LEM, Caravan Maschera m’ont chaleureusement accueilli dans le cadre d’un stage universitaire. Ce stage fût ma première expérience dans le monde de la marionnette. Bien que court, ce stage fût enrichissant et m’a permis d’avoir une première vision d’un processus de travail dans la recherche et la création de spectacle de marionnette.

Leonardo et Giorgia (les deux membres de la compagnie) créent un univers fascinant au travers de leurs marionnettes étrange. Ces dernières ne sont pas lisses et réalistes et en citant leurs propos, leur univers se rapproche plus du Studio Ghibli que de Disney.

Pour ce spectacle, les deux artistes veulent adapter En attendant Godot de Beckett pour les enfants. C’est d’ailleurs une première pour eux de créer un spectacle destiné pour le jeune public.

La compagnie, en voulant adapter En attendant Godot de Beckett pour les enfants, doit faire des choix artistiques afin de transmettre le plus justement possible l’histoire au jeune public. Leonardo et Giorgia ont fait le choix d’utiliser peu de texte afin de laisser “parler” les marionnettes. Ils voulaient d’ailleurs au début faire le spectacle complètement muet mais se sont rendus comptent que sans un minimum de texte la compréhension devenait difficile. Ils ont alors écrit les différents textes en s’inspirant du texte d’origine de Beckett mais en l’adaptant aux marionnettes qu’ils avaient préalablement créé.

En effet, avant le travail de plateau et d’écriture, Leonardo et Giorgia ont créé les marionnettes du spectacle. Elles se constituent de deux petites marionnettes “enfants” incarnant les personnages principaux, de deux petits personnages secondaires et leurs jumeaux de grandes tailles, d’une grande rose, d’un petit bateau et enfin d’une toute petite marionnette tête. Les deux enfants ont les visages les plus expressifs, ce sont d’ailleurs les seuls personnages principaux avec des yeux. Les autres personnages ont moins de traits distinctifs dans leurs visages, leurs attributs sont marqués par des creux et des ombres pour les rendre plus mystérieux et montrer qu’ils ne sont pas des enfants.

Caravan Maschera articule la création du spectacle autour des marionnettes préalablement créées. Elles ne sont pas créés pour s’adapter aux choix scéniques mais tout le contraire, les choix scéniques sont décidés en fonction d’elles. Une priorité est donc donnée ici aux marionnettes et à leur apparence.

Cette expérience avec la compagnie m’a permis de mieux comprendre comment articuler une histoire autour des marionnettes. J’ai eu l’occasion de mieux comprendre la place que prend le manipulateur sur scène et l’importance des mouvements donnés aux personnages. Grâce à ces deux points les marionnettes deviennent vivantes sous nos yeux, on ne voit plus des poupées inertes mais des vrais personnages avec des personnalités.

Alexia Bourgeois s’est essayée à la pratique de l’interview

L’aventure commence en Italie, Giorgia Goldoni et Leonardo Garcia Gonçalves développe leur projet, celui d’un spectacle inspiré de l’univers de Beckett mais aussi de Magritte, Aujourd’hui Godot ne vient pas ! Cette création à monde ouvert se poursuit en France, à Nancy, au LEM. Nous avons accueilli la compagnie du 17 au 23 février, ils nous racontent leur expérience durant toute cette semaine :

Que vous a apporté personnellement votre résidence à Nancy ?

Léonardo Garcia Gonçalves : L’échange humain a été le plus important. Discuter sur tout, autour d’un repas, accentue le côté intime et chaleureux.

Giorgia Goldoni : C’est pour ça que nous sommes venus à Nancy, le LEM n’est pas un lieu strictement encadré, au contraire, c’est un lieu plus libre. La ville de Nancy est aussi très jolie avec son architecture et ses décorations. Les Nancéiens rencontrés sont toujours souriants.

Qu’est-ce que la résidence à Nancy et au LEM a apporté à votre création ?

Leonardo et Giorgia : Le LEM est un lieu calme et c’est très important puisque cela favorise la concentration. C’est un lieu idéal pour travailler et créer. Grâce à ce calme et à cette concentration, il y a eu une distance avec la vie quotidienne. Nous avons également expérimenté, pour la première fois, les grandes marionnettes, ici à Nancy, au LEM. Laurent (directeur du LEM ndlr) et Marion (artiste associée au LEM ndlr) ont aussi été de bon conseil, de même que le public lors de la sortie de résidence le 22 février. L’échange avec le public a été important et enrichissant. Celui-ci est déjà sensibilisé au théâtre et à la marionnette, même les enfants, ce qui est agréablement surprenant.

Quelle est la suite du projet ?

Leonardo et Giorgia : Après la résidence à Nancy nous retournons au Brésil. Nous pensons peut-être à construire d’autres marionnettes, celle de Godot par exemple. Il y aura également des marionnettes construites autour du sentiment de peur et un humain qui joue sur cette émotion. Nous réfléchissons pour faire des versions du spectacle en portugais et/ou en italien, en plus du français. La première se déroulera le 6 juin au Brésil.

Avez-vous des commentaires spécifiques sur la résidence et la structure du LEM ?

Leonardo et Giorgia : La structure architecturale est bien pensée et jolie, les deux salles sont pratiques. Nous nous sentons comme dans une maison et pas comme dans une institution. L’aménagement du LEM nous permet de manger ensemble, ce qui renforce ce sentiment d’être comme à la maison.

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