Poser ses pieds sur un petit tapis, un spectacle engagé ?

Nadège Heluin  signe avec Poser ses pieds sur un petit tapis  la première création dont elle a entièrement la charge, du montage et de la réécriture des textes à son interprétation en passant par la manipulation marionnette.

S’appuyant sur un patchworks de texte de Philippe Dorin, cette dernière s’est frayée un chemin à travers les blancs du récit pour tisser l’histoire de cette femme, l’une de ces invisibles qui lutte, cantonnée à son bout de trottoir, contre l’ombre de la folie que la solitude et l’indifférence fait planer sur elle.

Plus qu’un simple récit de tranches de vie issu de la rencontre entre les textes de Philippe Dorin et l’imagination de Nadège Héluin, ce spectacle est avant tout le fruit d’une prise de conscience et d’une approche presque sociologique. 

Après avoir oeuvré aux côtés de l’association Abribus à Strasbourg qui distribue des repas aux plus démunis, Nadège Héluin s’est glissée de l’autre côté de la barrière en s’immergeant durant une journée dans la peau d’une sans-domicile fixe, demandant pour toute rétribution « un mot pour vivre » de la part des passants. Face à l’absence de réaction de badauds qui ne la voyaient même pas,  Nadège Heluin a été surprise de constater le changement de regard que l’on a porté sur elle lorsqu’elle a répété l’expérience quelques jours plus tard dans le cadre des festivités de la Saint-Nicolas. Réalisant qu’il s’agissait d’une performance artistique, les passants semblaient alors lui reconnaître à nouveau le droit d’être vue.

Sans cantonner son oeuvre à une visée purement militante, Nadège Héluin ne nie pas la dimension engagée de son travail dont elle espère qu’il servira à interpeller, à questionner notre regard sur le monde, regard qu’elle absorbe, digère et redonne comme un miroir. « Personne ne meurt plus de faim, par contre, on meurt de solitude ; dans la rue ou non »  Argue l’artiste qui appelle à regarder autour de soi  pour s’extirper mutuellement de notre solitude à l’heure où l’individualisme nous pousse à détourner les yeux.

Représentations le 17 et 18 mars à 19 h et le 19 mars à 11h.

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